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LEAR...CONTE À REBOURS / TROPIQUES ATRIUM


JEU.20 OCTOBRE 2016 / 20H

TROPIQUES ATRIUM / FORT-DE-FRANCE

L’homme qui se présente à nous a une tâche à accomplir. Il doit raconter l’épopée du roi Lear devant un auditoire qui sera à même de juger s’il dit la vérité et s’il peut retourner à une vie normale ou s’il doit recommencer le lendemain cette épreuve.

L’auditoire auquel il s’adresse, c’est le public, les personnages et lui-même. Mais chaque soir de sa vie, il se heurte à cette impossibilité à dire la vérité. Il est livré à tous ces personnages tapis dans l’ombre qui le pressent et veulent prendre eux-mêmes la parole, chacun dans sa drôlerie tragique, témoignant, se justifiant, suivant des chemins de traverse. L’homme est acculé, laissé pour mort.

Pourtant, ce soir, il ira au bout de son récit et sera confronté à cette Mort en personne qui lui posera une énigme. Une femme toujours présente par son chant et les sons électroniques qu’elle produit, le suit dans l’ombre et révèle les personnages qui le hantent.

NOTE DE L’AUTEUR Dans mon texte, suivant la pure tradition du conteur, l’acteur va tenter de «raconter» Lear. Le conteur se présente et convoque les esprits de cette histoire (celle de Shakespeare) ; mais peu à peu ces esprits vont envahir l’espace sans que le conteur en soit vraiment maître. L’acteur sera englouti par les êtres imaginaires qui, prenant chair par son corps, veulent tous venir témoigner. Et pourtant il n’est question que de la solitude d’un seul être. Dans cette quête de vérité, les figures de Shakespeare passent par des fulgurances et des moments de vide qui révèlent leurs contradictions. Qu’il s’agisse de Gloucester et de ses deux fils, de Lear et de ses trois filles, ou de son Fou, le plus lucide. Le conteur navigue en essayant de ne pas sombrer vers la schizophrénie où le mènent ses personnages. La langue du conteur a pour fil rouge le Français. Quand il est « possédé » par l’un des personnages, apparaît parfois la langue originale et originelle de Shakespeare, l’Anglais. Les voix de chaque personnage sont travaillées et pensées pour être bien distinctes les unes des autres, avec des sonorités menant parfois jusqu’au chant... Les paroles du Fou, principalement, sont écrites comme des comptines acerbes et rythmiques, opposées aux longues lamentations de Lear hurlant au Ciel contre l’oppression et l’injustice. Ce que les personnages incarnés ne peuvent se permettre de dire avec des mots, l’homme conteur, avec son regard de narrateur, peut et doit l’exprimer. L’acteur sera tour à tour protagoniste et témoin, avocat ou juge jusqu’au chaos.

Philippe Dormoy

NOTE DE MISE EN SCÈNE Philippe Dormoy a une qualité de narration surprenante et captivante. L’amour de Philippe pour le Roi Lear, ses qualités d’acteur ne pouvaient que confirmer la naissance d’un tel projet, et nous avons eu envie de faire ce parcours ensemble.

J’ai eu par le passé à faire des recherches sur comment raconter Shakespeare par un seul narrateur. J’ai découvert des choses édifiantes à savoir que le narrateur peut passer du conteur à l’acteur et de l’acteur au conteur, ce qui permet de donner une certaine clarté à l’histoire et renforce l’imaginaire du spectateur. La proposition est de venir alterner les espaces dramaturgiques. Nous assisterons à des allers retours entre points de vue « extérieurs » de la pièce (le conteur) et points de vue « intérieurs » (les personnages). En binôme avec l’acteur-conteur, je désirais une voix de femme. J’ai choisi celle de Valérie Joly qui nous permet de glisser d’un pays à l’autre, de jouer sur notre mémoire, notre culture commune. Elle accompagne les personnages qui se battent dans l’esprit du conteur. Elle les souligne : souffles, cris, pleins chants, plaintes, comptines, exhortations guerrières, berceuses... Thierry Balasse nous rejoint pour écrire la bande sonore de la fameuse scène de la tempête. Pour décor, un petit trône métallique singulier où s’articulent de petites machineries surprenantes et théâtrales imaginées par Yves Collet, une île, étrange, centrale, figurant le royaume de Lear. Un totem filaire veille au rituel et recueille les masques, effigies des personnages. Autour, l’espace vide, lieu de l’errance, de la folie et de la perdition.

Hassane Kouyaté

►Extraits

De : Philippe Dormoy / d’après : Shakespeare

Mise en scène : Hassane Kouyaté

Avec : Philippe Dormoy

Musique, chant : Valérie Joly

Mise en son : Thierry Balasse (Inouie)

Scénographie, lumière : Yves Collet

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